22 juillet 2019, 15h47, Après-midi de canicule, dans le village, rien ne bouge, tous les volets sont fermés, les façades blanches se craquèlent et les arbustes baissent la tête, surtout les hortensias si nombreux ici.

J’imagine à l’intérieur de ces maisons « années soixante », sols en petits carreaux ou parquet, les vieux dans leur fauteuil, immobiles, hagards, terrés, surtout ne pas bouger, ne pas brasser la chaleur, boire, boire beaucoup comme ils disent à la télé.

Ceux qui ont la chance d’être encore deux, s’interrogent : « tu comprends ça toi ?», « on n’a jamais vu ça, que va-t-on devenir », « aller bois, tu n’as rien avalé depuis midi », « quelle heure est-il ? »…

Voilà, c’est le premier jour de l’extinction du monde. La radio, la télé nous l’on annoncé ce matin. Tout s’effondre, tout a été consommé, les malfaisants sont allés jusqu’au bout. Bien que les masques tombent, souvent avec leur propriétaire, il n’y a plus rien à faire. Peut être plus de carburant, de travail, d’économie, le virtuel c’est évaporé et il ne reste plus l’once d’un repère auquel se raccrocher.

C’est un grand, très grand silence. Personne n’ose croire à ces nouvelles, d’autant que l’on craint tellement la suite. Le monde est sonné, personne ne parle de peur d’ouvrir sa porte au chaos.

Merde, c’est arrivé ! on se regarde, l’air mi inquiet, mi stupéfait, on sent que la panique va arriver car personne ne sait ce qu’il faut faire, personne n’a de solution. L’inconnu avec un grand IN vient de tomber sur nos godasses.

Ma playlist « Deezer » venait d’engager « Forgivness » de Diane Birch, c’est bien le moment ! oui, à qui demander pardon ? A l’humanité ? Celle avec un grand H ? A cette merveilleuse mécanique qui devait nous porter vers « l’infini et au-delà » ? A nos enfants ? A tous ceux qui n’ont pas encore l’âge de s’arrêter ? A ceux à qui nous avons fait croire que l’existence, grâce à nos découvertes, grâce à nos modèles économiques, ne serait qu’abondance, croissance, plaisirs, orgasmes et éjaculations permanentes ? Pauvres de nous, qu’avons-nous été sots de vouloir le croire nous-mêmes ?

Les gorges se serrent : qui va partir en premier, qui partira en dernier ? Allons-nous souffrir ?

Dehors le soleil brille, chauffe et brûle. Il brûle jusqu’à notre cerveau, qui dégorge toutes les futilités dont il a aimé s’encombrer au long de ses millénaires d’évolution. Il essaie de faire le tri, il crache tous les concepts, les procédures toutes faites, il renverse les tiroirs par terre et essaie de trouver quelque chose « prévu à cet effet ». Inutile, puisque ce scénario a toujours été refusé…alors rien, puisque tout ce que le vieux monde a fabriqué, n’était fait que pour lui.

Qu’allons-nous faire ? Pleurer, certainement pleurer toutes les larmes de notre corps face à ce qui arrive. La sueur coule dans mon dos, je rêve ? je ne pense même pas à me pincer. Demain je m’éveillerai et tout cela sera passé, oublié. Quelle connerie !

Mais non, demain un autre monde sera là, quelque chose que je devrai construire de mes propres mains, un monde comme il y a des milliers d’années, où tout mon temps et toute mon énergie seront consacrés à me nourrir, à survivre, à me défendre contre celui qui viendra me voler, m’assassiner, un monde dans lequel le 17 et le 15 resteront muets.

Bon sang, quelle drôle d’évolution, passer de tout à rien ! Quel sens cela a-t-il ? Ce n’est pas ce que nous voulions, ce n’est pas ce que je voulais. Moi, je voulais que l’addition de mes libérations me fasse un monde meilleur, un monde de légèreté, un monde sensé.

Vais-je être capable de recommencer un cycle ? Porter le poids du gâchis et trouver un sens à cette suite ? Me souvenir de ce que j’ai appris, l’expérimenter pour m’en sortir ? Suis-je assez préparé ?

Tiens, me voilà une idée, je vais aller voir mes voisins, leur proposer une collaboration, mettre sur la table ce que chacun sait faire, s’unir, partager, se sentir moins seul dans ce vaste monde qui lui, continue de tourner rond !

Viendrais-je de découvrir la collaboration ? Bon sang, pourquoi ne l’ai-je pas découvert plus tôt ?? Est-ce que tout cela a été pour ça ? Le confort est-il nuisible ?

Mon énergie oscille entre survie et désespoir. Durant cette vie, j’ai bien essayé d’alerter, de convaincre, d’éveiller, pour que le train change de voie, mais pas assez surement.

Le froid remonte derrière mes oreilles, il me glace : non, ce n’est pas possible ! Comme me le dit la Dédée : « Ah Michel, vous savez ce n’est pas intéressant la vie comme ça » Diable que vous avez raison.

Deezer m’enveloppe de « Girl from Ipanema », ça n’est plus le moment, ici tout est triste maintenant, mais j’en profite quand même, tant que j’ai encore un peu d’électricité.

Merde, fini la musique, la télé, le cinéma, les distractions…

Clare Teal chante « Get it on Sam » ah là, là, où es-tu fils, où est-tu fille ? Comment vous retrouver ? Peut-être reste-t-il un peu de batterie à mon téléphone, existe-t-il encore un réseau ? Et si nous n’avons plus de carburant…se retrouver prendra peut-être des années, le temps que nous réorganisions les diligences…Il nous faut donc survivre chacun à son endroit maintenant.

Mon regard s’en va vers l’horizon, au-delà des forêts, s’accrocher à ce ciel blanc, là-bas il y a ce que je n’ai pas connu et ne connaîtrait pas. Quel gâchis, le monde devient un champ d’impossibilités. Deezer me dit « Have you ever seen the rain ? » bon sang, que j’aimerais qu’il pleuve ailleurs que dans ma mémoire…la playlist poursuit… Oh, Mickael ! « Heal the world », oui s’il te plait, d’où que tu sois, « Heal our world », fais-nous des « better days »…

La pluie est partout maintenant, et je le sais dans la tête de tous les « miens ».

Je jure, que si demain à mon réveil, tout cela ne s’avère être qu’un très mauvais rêve, j’engage le restant de mes jours à parcourir les humains et à tenter de les éveiller, par tous mes moyens !

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